Quand un stade brouille le réseau mobile : l’ANFR rappelle les règles du jeu

Enquêtes de l’ANFR 30 septembre 2026
Au stade Ernest-Wallon, fief du Stade Toulousain, le réseau d’un opérateur mobile botte en touche : l’ANFR mène l’enquête et arbitre les responsabilités. Ou comment résoudre un brouillage en remettant les pendules à l’heure !

Les LED dans le viseur

Début 2025, une plainte inhabituelle émane d’un opérateur dont le réseau mobile dysfonctionne au sein de l’enceinte du Stade Toulousain. Après des mesures menées avec les responsables du stade, les soupçons de l’opérateur se portent sur les panneaux d'affichage à LED qui ceinturent la pelouse. Ces écrans qui affichent les logos des sponsors et des animations après chaque essai, jouent aussi un rôle de sécurité : en cas d'urgence, ils coupent la publicité et se transforment en fléchage géant vers les sorties, même si la sonorisation tombe en panne.

Le Service interrégional Sud-Ouest de l'ANFR s'empare du dossier. Dès le 20 mars 2025, deux agents habilités et assermentés se rendent sur le stade pour mesurer le rayonnement électromagnétique émis par les panneaux d’affichage à l’aide d’un récepteur et d’une antenne directive.

 

Le verdict des mesures

Les agents relèvent des parasites électromagnétiques dans la bande des 700 MHz dont le champ total atteint 52,03 dBµV/m à 3 mètres, quand la recommandation fixe la limite à 27 dBµV/m. C'est un brouillage préjudiciable qui peut empêcher les appels d'urgence, bloquer le service FR-Alert ou perturber le Réseau radio du futur (RRF), en cours de déploiement pour les services de secours et de sécurité !

 

Un délit, mais d'abord le dialogue

L'installation des panneaux d’affichage à LED méconnaît l'exigence de la directive européenne sur la compatibilité électromagnétique (CEM) 2014/30/UE, transposée en France par le décret du 27 août 2015 : les perturbations produites par des appareils, des équipements ou des installations électriques ou électroniques ne doivent en effet pas dépasser le niveau au-delà duquel d'autres équipements, notamment de télécommunications, ne peuvent plus fonctionner.

L'ANFR choisit le dialogue. Pas de procès-verbal, mais un courrier qui rappelle au stade les risques pénaux et enjoint de remettre l'installation en conformité, ou de l'éteindre, d'ici la troisième semaine de mai.

 

« Si ça brouille, ce n'est pas conforme »

Le 22 mai, l'opérateur se plaint toujours du brouillage. En avril, le stade avait pourtant transmis un rapport de son installateur certifiant la conformité des panneaux à la norme EN 55032, applicable aux écrans LED. Mais l'ANFR l'écarte : il ne vaut pas preuve car il n’a pas été réalisé par un laboratoire accrédité ou un organisme notifié et une norme harmonisée n'offre qu'une présomption de conformité, pas une garantie à 100 %. Le verdict : si ça brouille, ce n'est pas conforme !

Le stade n’exploite pas un seul panneau mais une installation fixe au sens de la directive CEM, c’est‑à‑dire un ensemble d’appareils assemblés et utilisés de manière permanente. Même si chaque panneau pouvait respecter la norme, l’installation dans son ensemble peut la dépasser. Le responsable du brouillage reste l’utilisateur, mais l’installateur est également engagé : il doit monter l’installation selon les bonnes pratiques d’ingénierie et conformément aux conditions d’utilisation prévues pour les composants.

L'ANFR rappelle au stade ses obligations et, pour qu’il puisse nouer un dialogue constructif avec lui, les obligations propres à son installateur. La remédiation met plus de temps que prévu et le stade demande à l’ANFR un délai pour que son installateur corrige le tir. L’installateur mène des tests en usine sur deux panneaux et leurs résultats parviennent à l'ANFR début septembre 2025.

 

Quand l’harmonique sème le trouble

Le coupable est une horloge ! Chaque panneau utilise un signal à 12,5 MHz pour piloter l’affichage, distribué à toutes les cartes LED. Avec les longueurs de câbles, ce signal rayonne et génère des harmoniques, des échos puissants séparés de 12,5 MHz : l’une de ces harmoniques tombe à 712,5 MHz, en plein dans la bande de l’opérateur, transformant l’ensemble des panneaux en antenne géante. Pour supprimer ce brouillage, plusieurs solutions existent. L’installateur a finalement choisi de modifier la fréquence d’horloge et, après essais, a retenu 15,625 MHz, ce qui a éliminé l’harmonique problématique tout en préservant le fonctionnement des panneaux.

 

 

A retenir

Cette enquête rappelle que la compatibilité électromagnétique est exigeante : les normes ne constituent qu’une présomption de conformité et ne garantissent pas l’absence de perturbations. Dans le cas d’une installation fixe, l’installateur doit respecter les bonnes pratiques d’ingénierie et les conditions d’utilisation prévues pour les équipements. L’utilisateur, pour sa part, doit vérifier le marquage CE et veiller à employer et maintenir les appareils conformément aux préconisations du fabricant afin de garantir le respect des exigences essentielles.