Mobile World Congress 2026 de Barcelone : l’IA, la 6G et le satellite au cœur des enjeux de fréquences

21 avril 2026
Barcelone, rendez-vous mondial de la connectivité Du 2 au 5 mars 2026, Barcelone a accueilli la 20ᵉ édition du Mobile World Congress (MWC), grand rendez-vous mondial de la connectivité numérique. Organisé par la GSMA, l’événement a rassemblé plus de 105 000 visiteurs et 2 900 exposants : opérateurs, équipementiers, startups, décideurs publics et agences techniques. Pour l’ANFR, présente sur place, ce rendez-vous a permis d’échanger avec les industriels et les autorités homologues afin d’identifier les grandes tendances technologiques susceptibles d’influencer la gestion du spectre.

L’IA, un tournant pour les réseaux mobiles

L’IA modifierait la structure du trafic mobile ?

Le MWC 2026 a confirmé une tendance déjà bien amorcée : l’intelligence artificielle (IA), omniprésente sur les stands, n’est plus un sujet périphérique pour les réseaux mobiles.

Elle devient un élément structurant, à la fois comme outil de gestion des réseaux et parce qu’elle pourrait modifier la structure du trafic.

Les applications d’IA générative et d’IA agentique, déployées dans le cloud ou en périphérie du réseau (edge), devraient générer un volume important de données dans le sens montant, de l’utilisateur vers le réseau.

Aujourd’hui, le trafic mobile reste très asymétrique : environ 10 % dans le sens montant contre 90 % dans le sens descendant, principalement en raison des usages dominants (Internet, vidéo, réseaux sociaux).

Les industriels estiment toutefois qu’un rééquilibrage pourrait intervenir rapidement, les objets connectés et applications d’IA — comme les voitures autonomes ou les lunettes connectées — produisant de grandes quantités de données à transmettre vers le réseau.

 

Des conséquences possibles pour la planification des fréquences

Cette évolution pourrait avoir des conséquences importantes pour la planification des fréquences.

Elle pourrait notamment annoncer un retour en grâce du FDD (Frequency Division Duplex), dans lequel le spectre est réparti de manière identique entre le sens montant et le sens descendant.

À l’inverse, le TDD (Time Division Duplex) repose sur un partage dans le temps : une même fréquence est utilisée alternativement pour les flux montants et descendants selon le trafic.

Ces dernières années, le TDD avait souvent été privilégié car plus efficace lorsque le trafic est fortement asymétrique, comme c’est le cas aujourd’hui.

Mais si l’IA conduit à un rééquilibrage du trafic, le FDD pourrait redevenir plus pertinent.

Les applications d’IA en temps réel auront également besoin d’une latence très faible, ce qui pourrait favoriser l’utilisation de canalisations plus larges — de l’ordre de 200 MHz pour les réseaux mobiles et jusqu’à 360 MHz pour le Wi-Fi.

 

La 6G : préparer dès aujourd’hui les futures fréquences

Le MWC a également permis de faire le point sur le développement de la 6G. Les premiers prototypes d’équipements devraient être disponibles entre 2028 et 2029, avec des tests en conditions réelles dans la foulée. Une commercialisation à partir de 2030 est envisagée.

Pour tenir ce calendrier, les industriels ont besoin d’une visibilité rapide sur les fréquences qui seront attribuées à la 6G.

En novembre 2025, le RSPG (Radio Spectrum Policy Group) a identifié la bande dite « 6 GHz haute » comme la bande cœur de la 6G en Europe.

Les industriels ont également présenté plusieurs technologies innovantes, comme les systèmes ISAC (Integrated Sensing and Communications) capables de détecter et de suivre des objets en mouvement — véhicules ou drones — tout en assurant la communication.

Autre évolution : le perfectionnement des antennes intelligentes « massive MIMO », composées de plusieurs centaines, voire de milliers d’éléments actifs, qui améliorent l’efficacité spectrale des réseaux mobiles.

 

Le satellite, un nouvel acteur de la connectivité mobile

Le MWC 2026 a confirmé une évolution majeure : au cours de la prochaine décennie, le satellite ne sera plus un marché de niche ni un simple complément aux réseaux terrestres.

Le développement de constellations de plusieurs centaines, voire de milliers de satellites permet déjà de fournir une connectivité fixe à très haut débit à l’échelle mondiale.

La nouveauté observée à Barcelone est la multiplication de projets visant à fournir des services mobiles par satellite directement au grand public.

Ces services deviennent possibles grâce à plusieurs évolutions technologiques : terminaux intégrant une version de la norme 5G compatible avec les réseaux terrestres et satellitaires et satellites équipés d’antennes actives de très grandes dimensions capables de capter les signaux de smartphones classiques, en plein air, voire à l’intérieur des bâtiments à proximité immédiate des fenêtres, et susceptibles d’améliorer ainsi la couverture sur toute la surface du globe terrestre.

 

Un besoin croissant de spectre

Le développement de ces nouveaux services soulève une question centrale : l’accès au spectre radioélectrique.

Aujourd’hui, le spectre attribué aux services mobiles par satellite (MSS – Mobile Satellite Service) reste limité à quelques dizaines de MHz, principalement dans les bandes L et S, ce qui ne permet pas d’offrir des débits élevés.

Certains opérateurs satellitaires s’intéressent donc aux bandes utilisées par les réseaux mobiles terrestres pour proposer des services D2D-IMT (Direct-to-Device dans les bandes mobiles IMT).

Ces options font aujourd’hui l’objet de discussions au niveau européen et international, notamment dans le cadre du projet de règlement sur les services numériques, de la révision de la décision MSS 2 GHz, du mandat confié à la CEPT sur le D2D-IMT et de la préparation de la Conférence mondiale des radiocommunications de 2027 (CMR-27).

 

Une candidature française pour l’UIT

Le MWC 2026 a également été l’occasion de promouvoir la candidature d’Éric Fournier au poste de Directeur du Bureau des radiocommunications de l’Union internationale des télécommunications (UIT).

Cette candidature a été présentée aux administrations présentes à Barcelone ainsi qu’aux industriels du secteur, qui connaissent l’importance d’une gestion efficace du spectre au niveau mondial.

Une telle gestion, assurée par l’UIT, est essentielle pour favoriser l’innovation tout en garantissant la protection de l’ensemble des utilisateurs du spectre.