Le smartphone connecté au satellite : vers le D2D-IMT

22 avril 2026
Dans Star Trek, les explorateurs pouvaient communiquer en toute circonstance avec leur vaisseau-mère. Mais aujourd’hui, sur Terre, la communication mobile dépend encore de la couverture d’un réseau terrestre. En dehors des zones desservies — régions isolées ou à fort relief, lieux à faible densité de population — le recours au téléphone satellitaire reste nécessaire, avec toutefois des terminaux plus encombrants et des débits plus limités.

Cette frontière technologique s’estompe. Le 3GPP, qui propose des spécifications pour les réseaux mobiles, intègre désormais les réseaux non terrestres (NTN) : un téléphone mobile peut aussi communiquer directement avec un satellite.

 

Deux modèles techniques

Deux solutions se dessinent :

  • Dans le modèle D2D-MSS, le terminal embarque une technologie spécifique nécessaire pour utiliser des bandes de fréquences étrangères aux réseaux terrestres, mais attribuées au service mobile par satellite ;
  • Dans le modèle D2D-IMT, c’est le satellite qui adopte au contraire les protocoles et les bandes de fréquences de la téléphonie mobile terrestre. Lorsque la couverture terrestre est absente ou insuffisante, un smartphone standard peut alors se connecter  à un satellite, qu’il perçoit comme une station de base parmi d’autres.

Les fréquences IMT étant attribuées aux opérateurs mobiles, la mise en œuvre du D2D-IMT n’est possible que si un opérateur interdit volontairement à ses relais terrestres d’utiliser certaines de ses fréquences au voisinage des zones où le satellite devra prendre en charge les connexions. Cela suppose un accord entre opérateur mobile et opérateur satellitaire.

 

Des usages au-delà du grand public

L’intérêt du D2D dépasse la seule connectivité des particuliers. Des acteurs ferroviaires (GSM-R/RMR) ou des services de sécurité publique (PPDR) pourraient y recourir comme solution complémentaire ou de secours.

 

Un cadre réglementaire à construire

L’entrée en jeu d’une station de base en orbite modifie les conditions de coexistence spectrale. Les travaux engagés, notamment au titre du point 1.13 de la CMR-27 et au sein de la CEPT et de l’Union européenne, visent à définir un cadre garantissant la protection des réseaux existants.

 

La Commission européenne a mandaté la CEPT pour proposer un premier cadre réglementaire dans les bandes harmonisées de téléphonie mobile d’ici juillet 2027, avant la CMR-27, puis une mise à jour en novembre 2028.

 

Parmi les points à examiner figurent les émissions hors bloc dans le faisceau, susceptibles d’affecter un opérateur adjacent dans le même pays, ainsi que les émissions co-canal hors faisceau pouvant impacter un opérateur dans un pays voisin.

 

La définition de limites d4epfd pour protéger les terminaux constitue une solution privilégiée, déjà retenue par la CEPT dans le cas du D2D-SRD.

 

Dans les bandes TDD harmonisées (3,4-3,8 GHz et bandes millimétriques 26 et 42 GHz), la protection des stations de base doit également être assurée. Dans le cadre de la CMR-27, la France propose de définir des limites d’epfd , en s’appuyant sur un diagramme d’antenne de référence des stations de base, afin de protéger les réseaux situés dans les pays voisins

 

Les applications opérant dans les bandes adjacentes, notamment les radars et la radioastronomie au-dessus de 2 690 MHz, devront également être protégées

 

La mise en œuvre du D2D-IMT supposera enfin que l’opérateur satellitaire bénéficie du soutien d’une administration européenne pour inscrire son système parmi les satellites reconnus par la CEPT et l’UE, selon un mécanisme déjà en place pour le D2D-SRD, et que les licences nationales des opérateurs mobiles soient adaptées en conséquence

 

La convergence entre réseaux terrestres et spatiaux ouvre ainsi la voie à une connectivité véritablement ubiquitaire : communiquer partout depuis un smartphone ordinaire n’est plus de la science-fiction.