Deux missions, un objectif : débusquer la tondeuse qui ne mangeait pas que de l’herbe

22 avril 2026
Dans le petit monde des réseaux IoT bas débit, les échanges sont le plus souvent rares et concis : un brouillage peut très rapidement entraîner une dégradation voire une indisponibilité du service.

Quand le réseau LoRa montre des signes de perturbation

Lorsque UnaBiz, opérateur de réseaux IoT, constate plusieurs brouillages sur la bande 863–870 MHz, l’alerte ne passe pas inaperçue. Présent sur tout le territoire français, Unabiz relève de premières anomalies : des transmissions anormalement perturbées dans la portion du spectre qui accueille notamment la technologie LoRa.

 

LoRa est utilisée par les collectivités pour collecter des données de capteurs et proposer d’autres services liés aux territoires intelligents. Les réseaux LoRa transportent des données issues d’infrastructures de comptage intelligent de gaz, d’eau ou d’électricité — par exemple les relevés de concentrateurs de compteurs d’eau — mais aussi des flux liés à diverses applications IoT pour l’industrie et les territoires intelligents.

 

L’opérateur observe en un point du territoire, puis bientôt en plusieurs, un niveau de bruit anormalement élevé, ce qui se traduit par des paquets corrompus et un taux de réception des messages en chute libre.

 

Une enquête de terrain pour cartographier le coupable

Il est difficile pour l’opérateur du réseau LoRa d’identifier l’origine du brouillage. Il sollicite alors l’ANFR, en sa qualité de police du spectre. Les agents du Service interrégional Est prennent en charge ce dossier dans une bande dite « libre », touchant quatre sites radio dans le Rhône et en Isère : Sainte-Colombe, Serpaize, Luzinay et Valencin.

 

La bande 863–870 MHz est dite « libre » car elle peut être exploitées sans autorisation individuelle mais sans garantie de protection contre la saturation. Mais, comme toutes les autres bandes libres (WiFi, Bluetooth, RFID…), elle n’est pas totalement exempte de réglementation : elle relève en effet d’une autorisation générale qui impose des conditions techniques strictes (puissance, temps d’émission, compatibilité électromagnétique…). Si ces conditions ne sont pas respectées, l’ANFR peut alors exiger l’arrêt ou la mise en conformité d’un équipement non conforme ou électromagnétiquement incompatible.

 

Les agents inspectent les sites radio et mènent des mesures pour remonter jusqu’à la source des perturbations. Très vite, les mesures directionnelles convergent vers Saint-Georges-d’Espéranche (38790), à près de 17 km d’une antenne LoRa affectée. Sur place, le suspect, nullement intimidé par la présence de nos agents, continue imperturbablement sa tâche : il s’agit en effet d’un robot tondeuse, occupé à tondre une pelouse…

 

Le module RTK trop bavard : la tondeuse qui brouille le réseau

Ce modèle, un Mammotion LUBA 2 AWD 5000X, embarque plusieurs modules radio (Bluetooth, WiFi, GNSS, RTK). Le système RTK (Real Time Kinematic) améliore la précision des signaux GNSS (GPS, Galileo…) grâce à une base fixe transmettant des corrections au centimètre près, utile pour éviter que le robot ne déborde chez le voisin ou sur la route.

Problème : la base RTK de cette tondeuse émettait très fréquemment dans la bande 863–870 MHz, utilisée par le réseau LoRa. L’analyse spectrale révèle que les émissions ne respectaient pas les conditions techniques, notamment le temps de cycle, c’est-à-dire la proportion entre l’émission et le silence.

 

En effet, la décision ARCEP n°2023-1412 et l’annexe 7 du TNRBF limitent l’émission à 1 % (ou 10 % dans certains cas). Mais ce module RTK était décidément beaucoup trop bavard : il émettait dans la bande 868–868,6 MHz près de 40 % du temps ! Cette tondeuse ne se contentait pas de couper l’herbe : elle coupait aussi sans cesse la parole de tous les appareils LoRa environnants...

 

Premières mesures correctives et contrôle sur le terrain

L’ANFR a demandé à l’utilisateur de cesser toute utilisation du module RTK, ce qu’il a fait immédiatement. Mais d’autres plaintes continuaient d’arriver : le brouillage touchant toutes les régions françaises, nécessitant l’intervention des Services interrégionaux Sud-Ouest, Paris, Méditerranée, Atlantique et du centre de contrôle de Rambouillet.

Au total, plus de 120 plaintes concernant le réseau LoRa ont été traitées entre 2024 et 2025, rendant indispensable une solution durable.

 

Des réunions régulières ont été mises en place entre l’ANFR et l’opérateur LoRa : amélioration des capacités de détection, traitement accéléré des brouillages, et recherche d’une solution pérenne. Alerté, le distributeur français a déployé en parallèle une mise à jour logicielle visant à réduire l’occupation excessive de la bande.

 

Du constat technique à la surveillance du marché

Pour garantir une solution durable et conforme, l’ANFR a vérifié si la mise à jour logicielle déployée assurait réellement la conformité radio et éliminait tout risque de brouillage.

Le fabricant avait effectivement modifié le fonctionnement radio de son module RTK, mais ces ajustements apparaissaient insuffisants. Il apparaissait donc nécessaire de changer de procédure : la lutte contre les brouillages permet de régler individuellement chaque cas de brouillage rencontré ; mais la diffusion dans tout le pays d’un appareil produisant des brouillages systématiques relève, elle, de la procédure de surveillance du marché, afin d’éliminer le trouble à sa source.

L’ANFR a donc prélevé un robot Mammotion chez un distributeur pour procéder aux contrôles prévus par la directive RED (2014/53/UE) et sa transposition en droit français.

Après mesures et essais en laboratoire accrédité selon la norme EN 300 220, l’appareil ne respectait toujours pas les obligations de mise sur le marché, notamment les conditions techniques d’utilisation de la bande 863–870 MHz.

Cette affaire illustre la complémentarité des missions de l’ANFR : protéger le spectre et surveiller la conformité des équipements pouvant le brouiller.

 

Le fabricant corrige : une mise à jour du firmware déterminante

L’enquête a identifié Shenzhen Mammotion Innovation Co. comme responsable des produits Mammotion LUBA 2 4WD 5000X.

À la demande de l’ANFR, la société a corrigé les équipements via une mise à jour du firmware V1.14.1.2, désormais diffusée automatiquement dès que l’appareil est connecté.

 

Pour les utilisateurs : un geste simple mais essentiel

L’ANFR recommande aux possesseurs de vérifier que leur tondeuse est bien mise à jour. La mise à jour automatique nécessite que :

  • l’appareil soit connecté,
  • la procédure soit menée à terme,
  • et que l'utilisateur n’ait pas désactivé les mises à jour automatiques.

 

Sans mise à jour, l’appareil peut continuer à émettre de manière non conforme, exposant l’utilisateur au risque de brouillage et aux sanctions du Code des postes et communications électroniques — c’est-à-dire jusqu’à 30 000 € d’amende et 6 mois d’emprisonnement.

 

Communiqué de presse sur la mise à jour de la tondeuse MAMMOTION LUBA 2 4WD 5000X